Salon de thé sous la pluie.

Salon de thé sous la pluie.
"Tu as l'heure?"
"Parfois."
C'était comme si, comme si son chapeau n'était pas sur sa tête. Ses joues trempées, le col relevé, moite de sueur, le vermillon de ses iris et ce doucereux bordel de problèmes que la pluie coule. Un môme passa à coté, en courant, sans baguette à la main. Double engueulade. La boulangère ne fait plus de fournée à 18 heures en vacances. C'est si bon de marcher sous la pluie amère comme le café.
Non, en fait non. Pourquoi se ment-on ?
Au numéro 23 de cette même rue, une demi baguette, la croûte encore émue par les doigts bandants de son créateur-dieu, et enfermée dans le tiroir de droite, dans la cuisine, juste à coté du réfrigérateur (qui n'y pouvait rien faire), priait à son propre secours, et la vue de ses miettes la fit trembler.
Un trousseau de clefs composa. Il retira son chapeau et n'avait plus très faim, maintenant. Merde, la musique du gars.
"C'est souvent que tu comptes les secondes?"
"Parfois, jusqu'à un."
Les basses fréquences du voisin d'à coté firent danser sa tisane et persécutèrent ses oreilles qui n'entendirent rien. Elle avait les yeux comme des photographies anciennes et sa peau comme les montagnes qu'elles avait grimpées autrefois. Le coin de son sourire à l'envers voulut s'étirer à l'endroit. Elle aussi, de toutes ses forces. Elle berça ses muscles zygomatiques pour voler à la pluie quelques larmes qui ne tombaient plus. En fait il y avait elle, la petite lampe en porcelaine à sa gauche, la fenêtre en face de son visage écoeurant, et puis dehors.
Il leva la tête du cou enivrant qu'il embrassait. Le torrent vertical formait comme un épais brouillard autour. Il pensait à la nuit prochaine, il pensait à, il pensait à un tas de choses certainement belles. Une faible et triste lumière s'élevait à une fenêtre, zigzagant dans ses yeux secs. Il replongea dans le cou.
"Tu as déjà pensé, je la vois, je ne vois qu'elle et je ne vois rien autour d'elle ?"
"Un jour oui. Il pleuvait."
Assis dans le canapé que sa femme adorait et qu'il détestait plus encore que le temps de merde dehors, il regarda le chien sur le tapis qui le regardait. Il insulta le canapé, le tapis, le chien un peu, la commode, s'excusa, embrassa la photographie de sa femme, le chien, et pleura.
L'enfant courait toujours sur les pavés, enfin c'est du goudron maintenant mais quand même, il galopait encore sous la flotte avec un putain de sourire sur sa gueule.
Tic, tac, oui, non, tic, tac, oui, non. Et ce n'est plus le chat roux qui fait ronronner le petit appartement, cela vient du fauteuil endormi, face à la fenêtre.
Et sur la petite table ronde du salon de thé sous la pluie, un chapeau est posé. Il y a une main sur la nappe, une près de la bouche, et vu de dehors, c'est assez triste. Mais serait-ce d'être seul, ou de ne pas y voir quatre mains enlacées près des verres vides?
Le peintre de la place du marché s'est enfuit en laissant son tableau inachevé, que la pluie embrasse, et à l'y voir, on se dit qu'il ne faudrait jamais rien terminer.
"Comment apprécier ces gens là lorsque devant eux se dresse le plus beau visage que puissent lire tes yeux ?"
"Ce serait la rendre laide d'être aveugle du monde qui entoure, ce serait dire sa beauté que d'aimer vivre quelques heures sans elle, et de tout trouver joli."
Un flash.
"Ca rend?"
"La photographie m'aide parfois à résoudre un grand dilemme."
"Lequel?"
"Laisser moisir le temps ou s'occuper de ses secondes qui meurent plus vite encore que son propre bonheur."
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(Photo, Autoportrait à Châtelet.)

# Posté le vendredi 27 juillet 2007 20:47

Ce prénom Mélancolie.

Le mur d'en face a jaunit depuis l'an passé
Je dois rajouter du rouge pour les fruits morts de l'arbre
Et l'herbe au sol semble toujours liquide
J'y place encore le reflet des quelques branches qui dépassent
Un peu.
Je crois que rien a bougé je crois
Que le dessin sera le même une fois
De plus.
Et dans la rue sur le trottoir les poubelles patientent
Les passants ne sont pas là
Le soir tombe encore
Sur le gris du jour.
Ma fenêtre semble une image
Collée au mur depuis des années
Ses mouvements ne séduisent plus mes yeux
Les choses à leur place sont
Et se sont effacées.
Les jours peut-être auront tort mais
Défendus par ton sourire
Ils ne tiendront plus en place
Et rouleront sur mes joues
Il faudra compter un peu.
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Photographie : Souvenir de Tarbes (L)
Ce prénom Mélancolie.

# Posté le lundi 09 juillet 2007 16:54

Le Bel Hazard De La Plume.

Le Bel Hazard De La Plume.
(Marais, Seconde capturée)
*
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Sous les crépitements du
Papier.
Les yeux endormis ne savent plus, disent
Tout.
La danse ininterrompue, à
La verticale.
A quelques univers de l'éveil net ton
Nom,
s'écrit.

# Posté le mardi 26 juin 2007 19:34

Rendez-vous à sept heures.

Les pavés humides de Paris, au sol, s'étirent lentement de la nuit.
Quelques corps beaux, pigeons, vélos laissés là.
Il y a des pas qui se suivent et se lèvent ensemble.
D'autres empruntes floues marquent à jamais ou jusqu'à l'inutile des murs de détresse et de platitude.
On marche sur quelque chose de rond. Alors...
Et si les jours, les mois prochains seront peuplés de taches, agréables ou non, de solitude, de vide, ce n'est pas grave.
Ma mère ne m'a pas vu aussi heureux que depuis mon enfance.
Et il y a des soirs
Où l'on ne retient que cela.
Et l'on fait bien
Ne t'en fais pas.
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(Liloo)
Rendez-vous à sept heures.

# Posté le lundi 25 juin 2007 19:45

Modifié le mardi 26 juin 2007 19:17